â... avant il nây avait rien, aprĂšs on va pouvoir faire mieux.â*
carton d'invitation dessiné par :
Alan VEGA
* Henri Michaux en prĂ©ambule Ă son film âImages du monde visionnaireâ, 1964
Le dessin, dans toute sa complexitĂ© et sa diversitĂ©, existe peut-ĂȘtre et avant tout par son apparente Ă©conomie. La simplicitĂ© possible dâune feuille et dâune technique, un moment pris, une surface remplie. Envisageant le motif et son dessein, lâexposition offre une ouverture nĂ©cessaire sur lâĂ©criture et lâart imprimĂ© au travers du dessin et de ces formes possibles de diffusion.
Cette exposition sâoffre au regard dâune large sĂ©lection dâĆuvres dessinĂ©es et imprimĂ©es dâAlan Vega (nĂ© en 1938 Ă Brooklyn), et accompagnant la sortie de lâouvrage rĂ©trospectif sur lâĆuvre de cette figure mythique de la scĂšne alternative artistique New Yorkaise et pionner du rock Ă©lectronique minimal en tant que cofondateur avec Martin Rev du groupe culte Suicide. Sur plus de 40 ans de crĂ©ation et dâintensitĂ©, Alan Vega sâest affirmĂ© comme lâun des artistes et musiciens les plus influents, faisant du Punk le manifeste dâune raison de vivre.
Cofondateur en 1969 de MUSEUM A Project of Living Artists Ă New York, un des premiers lieux alternatifs « artist-run spaces » new-yorkais et ouvert 24h/24, MUSEUM Ă©tait dĂ©diĂ© Ă toutes les formes dâart, aussi bien visuelles que musicales et cinĂ©matographiques, devenant rapidement un tremplin pour un grand nombre dâartistes et de musiciens. Vega Ă©crit alors les « RequĂȘtes du Front de LibĂ©ration du MUSEUM », une sĂ©rie dâinjonctions nĂ©cessaires et tellement actuelles incluant par exemple ce cri pour que « les systĂšmes dâexposition, y compris les sĂ©lections pour les expositions collectives, soient abolis. » ou encore donnant « le droit Ă nâimporte quel artiste de retirer une Ćuvre, de modifier une Ćuvre, de dĂ©truire une Ćuvre de nâimporte quel autre artiste prĂ©sentant son travail dans lâespace » - un texte signĂ© par un Artiste AmĂ©ricain Anonyme du 20e siĂšcle- qui accueille aujourdâhui les visiteurs entrant Ă CIRCUIT.
Ă la fin des annĂ©es 50, Alan Vega Ă©tudie notamment avec Ad Reinhardt et Kurt Seligmann au Brooklyn College, et se concentre dans un premier temps sur la peinture, puis le dessin. Ă la fin des annĂ©es 60, son intĂ©rĂȘt se porte sur la lumiĂšre : il crĂ©e ses premiĂšres « light sculptures », des sculptures lumineuses faites dâassemblage dâobjets divers composĂ©es dâampoules, de cĂąbles, de tĂ©lĂ©visions et de nĂ©ons de toutes formes et couleurs. Anti-esthĂ©tique, antiforme, le pendant dâun Arte Povera « Made in USA », son Ćuvre embrasse la rĂ©alitĂ© contemporaine dans laquelle il vit.
Lâexposition se concentre principalement autour de son Ćuvre graphique. Vega insiste comment « pour (lui), le dessin a toujours Ă©tĂ© un devoir, (et) la peinture une douleur ». Dessinant quasi uniquement des visages, il dĂ©clare avoir toujours « aimĂ© dessiner des personnes ĂągĂ©es. Elles ont lâimage de la vie gravĂ©e sur leur visage ». ActivitĂ© parallĂšle et nĂ©cessaire Ă son travail musical, Vega ne peut Ă©crire sans dessiner : « Tout comme lâĂ©criture, dessiner constitue une obsession quotidienne. Comme pour lâĂ©criture, faire un dessin surgit subitement. Avec le dessin, il faut partir ailleurs, quelque part oĂč je nâen ai rien Ă foutre. Je mâassois, lâesprit absent et en paix (âŠ). Câest une maniĂšre de mettre Ă plat des idĂ©es ».
Lâexposition se propose ainsi comme un Ă©cho suicidaire au dĂ©sir dâune exposition qui nâest autre quâun inventaire morcelĂ© et subjectif.
Son agencement reflĂšte le systĂšme dâĂ©criture possible dâune exposition entendue comme le manifeste concrĂ©tisĂ© dâune poĂ©sie qui se montre. Le chant de mille voix entamant un anthem ou le dessin est lâĂ©gale de sa reproduction. Envisageant lâensemble des Ćuvres prĂ©sentes ou suggĂ©rĂ©es comme un environnement sensible, toutes sâĂ©crivent dans lâespace comme une partition Ă lire abstraitement.
Oscillation sensĂ©e de piĂšces ultra-figuratives qui (se) composent de nouvelles figures et identitĂ©s poĂ©tiques, au contrepoids composĂ© dâune large sĂ©lection dâĆuvre abstraite, toutes sâoffrent Ă ĂȘtre lues comme la « carte mentale dâune exposition ». Cette phrase devient Ă son tour le titre de lâouvrage photocopiĂ© mis Ă disposition au public, un recueil ou se retrouve mis au mĂȘme niveau toutes les Ćuvres constituant cette exposition.
Les rapports, cohĂ©sions ou rejections qui sâopĂšrent entre chacune des parties constituantes de se regroupement temporaire insistent sur la base qui les unies toutes - le dessin, et ses modes possibles de diffusion. Dâun mĂ©dium Ă lâautre sâaffirme une Ă©quivalence sur la valeur nĂ©cessaire des Ćuvres prĂ©sentĂ©es.
Hasard arrangĂ© par la gĂ©omĂ©trie, hors dâune utopie moderne, cet agencement Ă©phĂ©mĂšre offre un va-et-vient dâobjets rĂ©fĂ©rencĂ©s, et reproduits⊠Et si ce qui au dĂ©part sâoffrait comme un vide premier laissant toutes formes de futures possible, permettons nous de conclure avec une autre phrase dâHenri Michaux, une phrase autant tirĂ© de son magnifique ouvrage de 1948 âMeidosemsâ quâextraite â pour lâinstant â de lâexposition :
« Ils ont abouti ici. Et il nây a rien Ă ajouter ».
Mathieu Copeland et Philippe Decrauzat